Archives du mois : janvier 2015

CONSEIL MUNICIPAL DU 16 DECEMBRE 2014

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La cuillère et le crayon

La cuillère et le crayon

L’Homme, de Lucie à Charlie, a développé ses capacités cognitives en relation étroite avec celles, techniques, de ses mains pourvues de pouces opposables.

Rapidement dans l’Histoire, la cuillère, ou tout autre outil similaire, est apparue comme un bienfait sanitaire et pratique pour se nourrir.

Il en est de même pour le crayon. Des peintures rupestres aux dessins figurant papa-maman accolés au frigo, presque partout, presque tout le temps, le crayon, ou tout autre outil similaire, est apparu comme un bienfait pour la transmission. Dès notre plus jeune âge nous cherchons à tenir un crayon pour représenter, par le dessin ou l’écriture, ce que nous pensons.

Cet outil est vital à l’Homme, pour ne jamais oublier que nous sommes tous uniquement différents les uns des autres et aussi uniquement tous des êtres humains.

Nous sommes tous Lucie. Nous sommes tous Charlie

Bulletin n°15 – Janvier 2015

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Discours de Jean-Louis Jacob pour le rassemblement du 09 janvier

RASSEMBLEMENT EN HOMMAGE AUX VICTIMES DE LA BARBARIE

LES 7 ET 9 JANVIER 2015.

FABREGUES, PLACE DE LA MAIRIE, SAMEDI 10 JANVIER.

Merci d’être venus nombreux pour rendre un hommage à ceux, caricaturistes et journalistes de Charlie Hebdo, forces de l’ordre intervenues au péril de leur vie, et simples citoyens se trouvant là par hasard, qui sont tombés sous les balles d’individus barbares.

En s’attaquant d’abord à Charlie, ces hommes ont volontairement voulu frapper un symbole de notre République comme ceux qui avaient perpétré les attentats du 11 septembre 2001 avaient voulu détruire les symboles de l’Amérique.

 Le 26 août 1789, à Versailles, après deux mois d’un travail exaltant, les députés de l’Assemblée nationale constituante adoptaient la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dont l’article 1, « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit… », nous est à tous familier. L’art.11 de cette Déclaration dit : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. Après deux conflits mondiaux qui ont coûté la vie à plus de 70 millions d’êtres humains, le 10 décembre 1948, à Paris, au Palais de Chaillot, les représentants des 58 Etats qui constituaient alors l’Assemblée générale des Nations Unies ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme dont l’art.19 est le suivant : « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit ». En France, la liberté de la presse est encadrée par la loi du 29 juillet 1881, la même année qui a vu la publication des premières lois de Jules Ferry sur l’école gratuite, obligatoire et laïque. Ainsi en quelques mois, la IIIème République mettait en avant trois principes fondamentaux : le droit à l’éducation, la laïcité et la liberté d’expression.

 Liberté d’expression dont la caricature est un exemple remarquable, particulièrement en France. Née au Moyen-âge, la caricature (du latin caricare : charger, exagérer) est un moyen d’expression qui s’est surtout développé avec l’imprimerie. Pendant la Révolution française, royalistes et révolutionnaires s’affrontent à coup de gravures sur des feuilles volantes dont plus de 1500 sont imprimées en 3 ans. Au XIXème siècle naît une presse satirique qui n’hésite pas à se moquer du pouvoir comme le journal le Charivari qui est condamné pour avoir publié en 1834 des images montrant la transformation progressive de la tête du roi Louis-Philippe en poire, et qui publie l’énoncé du jugement dans un texte en forme de poire. La presse satirique joue un rôle important à la charnière des XIXème et XXème siècles au moment de l’Affaire Dreyfus. Pendant la Première guerre mondiale, naissent deux journaux importants pour la caricature, le Crapouillot qui a disparu en 1996 et le Canard enchainé, que tout le monde connaît.

 C’est en 1960 que Georges Bernier (le professeur Choron) et François Cavanna ont lancé le mensuel Hara Kiri, « Journal bête et méchant ». Dans l’équipe de ce journal, on retrouve des personnalités célèbres comme Francis Blanche, Topor, Fred, Reiser, Gébé et déjà Cabu et Wolinski.En 1969, Cavanna crée un hebdomadaire, Hara Kiri hebdo, qui est interdit en novembre 1970 après la une qu’il avait consacrée à la mort du général de Gaulle en titrant « Bal tragique à Colombey, un mort ». Le journal ressort alors sous un autre titre, Charlie hebdo, mais sa parution est arrêtée en 1981 par manque d’abonnements et de soutiens publicitaires. C’est en 1992 que Charlie est relancé sous la direction de Philippe Val, avec Cabu et Wolinski toujours. Premier numéro autofinancé avec l’aide de Gébé et du chanteur Renaud. Apparaissent alors dans la nouvelle équipe Charb, Oncle Bernard (Bernard Maris), Luz et Tignous. En 2009, Charb devient directeur. Depuis 1960, c’est toujours à peu près le même esprit qui dirige les journalistes, les chroniqueurs et les dessinateurs de Charlie ; ils se moquent de tout et de tous, sans distinction, et d’abord « des cons qui gagnent tout le temps parce qu’ils sont trop », de l’Eglise, de la police, des dictateurs, de tous les gouvernements et de tous les partis.Charlie, c’est l’application poussée à l’extrême de la liberté d’expression, même s’il faut aller parfois jusqu’au mauvais goût assumé. Cela a valu à Charlie beaucoup de procès, 48 depuis 1990, souvent venant de l’extrême droite ou d’associations catholiques, mais seulement 9 condamnations (le plus souvent pour injures et rarement pour des caricatures).

 Mais depuis 2011, l’hostilité vis-à-vis de Charlie hebdo s’est déplacée du terrain judiciaire à celui du vandalisme puis à celui du terrorisme et l’on connaît la terrible suite… Des imbéciles manipulés ont attaqué et tué à la Kalachnikov des hommes qui, seulement armés de leurs crayons, nous montraient chaque semaine les faiblesses du monde et appuyaient où ça fait mal mais aussi où ça fait rire. Wolinski, Cabu, Charb, Tignous, Honoré, leurs dessins et leurs esprits, comme celui de Bernard Maris, sont bien vivants pour longtemps alors que les auteurs de ces crimes qui pensaient gagner le paradis en tuant des blasphémateurs n’auront de postérité que dans la mémoire des faux prophètes qui se sont servis d’eux comme de chair à canon.

 Ces gens là ne visent qu’à nous dresser les uns contre les autres, qu’à provoquer des amalgames dangereux. Face à eux, nous devons montrer que nous sommes attachés à nos valeurs, que la liberté d’expression est une des clés de voute de notre régime républicain et que nous ne nous tromperons pas d’adversaire. C’est l’enseignement civique que je m’efforce, en tant que prof d’histoire, de donner à mes élèves, c’est celui que j’espère les voir porter quand ils seront les citoyens de demain. Avant de faire une minute de silence à la mémoire de toutes les victimes de ces derniers jours, je vous rappelle la manifestation qui est prévue demain à 15h à Montpellier au club de la presse, et je voudrais terminer par quelques citations :

 « Notre ressort est de dénoncer la bêtise en faisant rire. » CABU.

« Pour énerver les cons, on est manifestement utile. » TIGNOUS.

« Etre scandaleux, c’est dire aujourd’hui ce que tout le monde dira dans dix ans. » WOLINSKI.

« Je préfère mourir debout que vivre à genoux. » CHARB.

Jean-Louis Jacob

NOUS SOMMES TOUS CHARLIE

Rassemblement samedi 10 janvier, 10h30

Place de la Mairie, FABREGUES